Voici l'expérience enrichissante vécue par un groupe de jeunes pêcheurs lors d'un périple en Gaspésie.

Plus de 15 jours sur la route, plus de 3000 km parcourus, des rencontres extraordinaires et des centaines de fosses remplies de saumons et de truites : voici l'aventure qui attendait les 13 vaillants pêcheurs à la mouche de la maison de jeunes Point de Mire.

Les rivières Etchemin, Ouelle et Matapédia

Nous nous arrêtons quelques jours pour explorer la rivière Etchemin et ses nombreux affluents. Les gestionnaires nous indiquent d'excellents secteurs de pêche, et c'est la rivière Aux Fleurs qui gagne le coeur des jeunes. Les soies légères ainsi que les petites mouches Elk Hair Caddis sont à l'honneur, et les jeunes se croient vraiment au paradis. En fait, le dernier matin, Isabelle, Roxanne et Zak sont inconsolables de devoir quitter cet en-droit si précipitamment. Mais nous devons être au campement pour midi et tout remballer pour la prochaine étape de notre grande virée, la rivière Ouelle.

Après trois heures de route nous rencontrons nos hôtes Denise, Isabelle et Gérard qui nous attendaient pour préparer le programme du séjour et nous mener au site de campement. Le réveil du lendemain matin est prévu à 6 h, pour animer une première journée de formation donnée à dix jeunes de la région. Le surlendemain, même programme, la formation étant cette fois prodiguée à neuf femmes qui veulent s'initier à la pêche au saumon. Tous les participants apprécient beaucoup cette formation, et le troisième jour nos vaillants pêcheurs ont enfin accès à la rivière. Et quelle rivière!


Vision de rêve du secteur Branche du Lac de la rivière Grande Cascapédia.

La Ouelle coule au fond d'un canyon si imposant qu'on a l'illusion de pêcher à l'intérieur. Les jeunes sont enchantés par ce premier contact avec une rivière à saumon. Après la passe du soir, bien installés sur une passerelle du sentier, nous parlons de saumon mais surtout de Richard Adams, cette légende vivante que nous devons rencontrer le lendemain juste avant de pêcher dans notre prochaine rivière, la Matapédia.

Nous nous rendons à Causapscal où Jerry Morin (et toute la bande) nous attendent. Ils nous installent confortablement au premier étage de la maison de jeunes puis nous invitent au restaurant, gracieuseté de la municipalité de Causapscal et de la fondation Richard Adams. Monsieur Morin veut implanter un programme de pêche à la mouche pour les jeunes de sa région et il compte un peu sur notre groupe pour leur insuffler notre passion. Tous les jeunes fraternisent rapidement au cours du repas, et au dessert ils parlent déjà de la Matapédia et de la fameuse rencontre avec monsieur Adams.

La magnifique rivière Ouelle vue de la passerelle du secteur contingenté.

Après une bonne nuit de sommeil, nous voici enfin avec lui dans le grand salon du site Matamajaw, un célèbre camp de pêche transformé en musée. Il nous accompagne pendant la visite et y va de quelques commentaires pour amuser les jeunes, qui tom-bent sous le charme. Puis il s'assoit sur le grand banc de la remise à canots pour répondre à leurs nombreuses questions. Monsieur Adams fournit des réponses claires et truffées de commentaires qui les font bien rigoler. Les jeunes le quittent avec une étincelle au coin des yeux.

Nous allons pêcher dans la Matapédia, une rivière culte pour la pêche au saumon! Pendant que le gros des troupes part en minibus pour la fosse Heppel, Roxanne et moi partons à pied (1 minute 27 secondes de marche à partir de la maison de jeunes) pour atteindre Les Fourches, la fosse la plus réputée de la rivière. Cette notoriété attire un très grand nombre de saumoniers, bien entendu, mais nous ne sommes pas peu fiers de faire partie de cette rotation. D'ailleurs, nous en profitons pour apprendre en écoutant les nombreux conseils que les habitués nous prodiguent si généreusement. Personne ne prend de saumon ce soir-là, mais nous en voyons plusieurs qui font tressaillir les jeunes car ce sont des monstres!

Le lendemain nous bénéficions de conditions de pêche idéales et, pendant que le groupe retourne à la fosse Heppel, je pars avec Bilal, Jean-Olivier et Selma pour pêcher dans les nombreuses fosses situées tout le long de la route 132. Finalement c'est Jean-Olivier qui prend le premier (et seul) saumon de tout le voyage. Ça n'aurait pas pu arriver à une meilleure personne. C'est son premier saumon à vie et, surtout, il étrenne sa toute nouvelle canne de 9 pi # 5. Je le laisse vous raconter son histoire :

Rivières Petite et Grande Cascapédia, puis la Bonaventure

Après une dernière passe du matin sur la Matapédia et l'incontournable visite du Marais pour observer plus de 200 saumons stationnés là, nous prenons la direction de la rivière Nouvelle pour la dernière partie de notre grande virée. Arrivés sur place, notre hôte François nous apprend que les gestionnaires des rivières Grande Cascapédia et Bonaventure nous invitent à visiter leurs rivières. Incroyable, il ne reste que trois jours à notre périple et nous sommes attendus sur quatre rivières! Que faire? C'est décidé, tout le monde se rendra sur la Petite Cascapédia le lendemain, car il faut bien commencer quelque part.

Cette rivière est le plus bel écrin qui puisse exister pour le saumon. L'eau est couleur émeraude, fraîche et limpide alors que les fosses sont lumineuses et profondes. Par-tout où notre guide Patrice nous mène, les jeunes poussent des ah! et des oh! émerveillés. Pour notre part, Bilal et moi aboutissons à la dernière fosse disponible. À mon premier lancer, une explosion se produit au bout de ma ligne comme si on avait lancé une grenade! Zut, il a manqué la mouche. Et la journée se poursuit ainsi, entre de super-bes saumons et des paysages de carte pos-tale. Le soir venu les jeunes entourent Pascal Moreau, directeur de la rivière, pour le remercier chaleureusement. Celui-ci semble plutôt mal à l'aise devant tant de sollicitude, mais les jeunes sont profondément touchés.

Le lendemain, la rivière Grande Cascapédia nous attend et l'aventure continue! C'est avec Isabelle, Selma, Jean-Olivier et Roxanne que je mets les voiles pour le secteur 89 de la Branche du Lac. Les gestionnaires nous offrent une perche partagée et nous sommes aux anges. La «Grande Cas», la rivière des gens riches et célèbres! Roxanne a l'honneur de prendre le premier tour et c'est un omble de fontaine qui mord à sa mouche. D'ailleurs ces démons nous tiennent occupés toute la journée. On peut bien sentir la présence des saumons, mais ceux-ci doivent nous percevoir tout autant. Le soir venu, c'est sous une pluie fine et un brouillard très dense que nous quittons la rivière. C'est féerique, comme dans un songe, mais pour Jean-Olivier ce rêve se transformera en cauchemar lorsqu'il réalisera qu'il a oublié sa canne quelque part...

Le lendemain matin, je n'ai aucune hésitation quand il m'annonce la mauvaise nouvelle en pleurant : «On va retourner la chercher!» Il vient de s'en rendre compte, en préparant son matériel pour aller pêcher dans la Bonaventure. Je sais bien qu'on va perdre au moins quatre heures de pêche, sans compter le temps de la retrouver. Comme un malheur n'arrive jamais seul, on fait même une crevaison sur le chemin fores-tier. Et encore pire, on n'a jamais retrouvé cette fameuse canne! Finalement, ce n'est que vers 18 h que nous arrivons enfin sur la rivière Bonaventure. On ne peut mieux tomber pour apaiser nos tourments!

Dès notre arrivée sur la rivière, et avant même notre premier lancer, notre mal de pêche se dissipe complètement. L'eau est d'une grande pureté et le lit de la rivière est bigarré, hétéroclite et bourré de repaires pour Salmo. Il y a des saumons gigantesques et hyperactifs dans toutes les fosses et toutes les entre-fosses que nous prospectons. Les soies volent dans les airs et les pêcheurs sont au septième ciel! Isabelle gracie une magnifique truite de mer tandis que les saumons nous gratifient de leurs pirouettes pendant toute la soirée. La nuit venue, nous quittons la rivière l'esprit tranquille et le coeur en paix. La Bonaventure a accompli bien plus que simplement nous faire ignorer nos petits soucis, elle a réussi à nous faire oublier, momentanément, que la fin est si proche...

La rivière Nouvelle

Pour notre dernière matinée de pêche, le soleil est radieux et le vent inexistant. En tentant de déjouer l'un des quatre énormes saumons qui occupent une fosse, je pense à tous les jeunes qui ont participé à ce grand voyage. Ils sont devenus de très bons pêcheurs à la mouche, et d'ici deux ans ils deviendront de véritables «pros». Ils sont venus en Gaspésie pour apprendre, et ils ont fait un pas de géant. Chez nous, nous disons aux jeunes que le poisson n'est qu'un prétexte pour pêcher, que cette activité est d'abord et avant tout une expérience globale, une quête plutôt qu'un résultat et même une certaine forme de liberté! J'observe cette jeune fille, sur la rivière Ouelle, que nous avons initiée pendant la journée et qui pêche dans cet esprit. Elle a des ampoules plein la main, mais elle continue. Son plaisir est plus fort que tout.

Personne ne veut quitter la Gaspésie. Nous n'avons qu'effleuré ces rivières et nous ne le savons que trop bien. Autour du dernier feu de camp, les jeunes se félicitent d'avoir été les artisans de cette incroyable aventure. Sincèrement, ils ont de quoi être fiers. C'est le plus jeune groupe de pêche à la mouche de notre courte histoire et très certainement l'un des plus vaillants. Ces nouveaux adeptes ont besogné dur pour profiter de ces quelques rivières, mais ils sont parfaitement conscients de toute la chance qui leur a été donnée.

Nous désirons remercier chaleureusement nos nombreux commanditaires, lesquels nous ont permis de vivre cette superbe aventure!