Point
de Mire :
Le retour aux sources
Après les grandes rivières de la Côte-Nord, les Alpes italiennes ou encore les célèbres rivières américaines, les jeunes de la maison des jeunes POINT DE MIRE sont retournés aux sources cet été avec un pèlerinage sur les rivières à saumon de la Gaspésie. Vous vous rappelez sans doute leur tout premier périple gaspésien il y a plus de 6 ans, alors que leur matériel était rudimentaire et que leur technique laissait à désirer. Ce coup-ci, ils étaient habillés de la tête aux pieds et parfaitement bien équipés par leur fidèle ami et partenaire, monsieur Roméo Pépin de la compagnie SNOWBEE. Sur le plan technique, ces jeunes pêcheurs étaient les « cracks » qui ont animé le programme PÊCHE MONTRÉAL pendant tout l'hiver. Ce programme, rendu possible grâce au FONDS JEUNESSE QUÉBEC, a rejoint 7 organismes jeunesses de Montréal et portait sur l'entomologie, le montage, le matériel, les lancers et des sorties de pêche bien entendu. Les jeunes ont invité 6 participant-e-s du programme PÊCHE MONTRÉAL lors de ce périple gaspésien et le matin du départ, il y avait de la frénésie dans l'air.

Nos vaillants pêcheurs étaient attendus en Gaspésie par monsieur Luc Leblanc, directeur de la SOCIÉTÉ DE RESTAURATION ET DE GESTION DE LA RIVIÈRE NOUVELLE et surtout, un ardent promoteur pour la cause de la relève en pêche sportive. Les jeunes ont été admirablement bien accueilli par toute l'équipe de la rivière Nouvelle. Ils ont eu droit à des sites de camping confortables, du bois à volonté, un grand pavillon grillagé pour les repas, des locaux pour entreposer leur matériel, des guides et tout ça complètement gratuits ! De plus, le prix de tous les droits d'accès a été coupé de moitié ! On entend souvent dire ici et là qu'il faut aider, favoriser et supporter la relève en pêche sportive. Certaines personnes ont de très bonnes idées et semblent très bien intentionnées, mais peu de gens passent de la parole aux actes. Pour leur part, Roméo Pépin et Luc Leblanc ont décidé d'agir et nous voulons les remercier sincèrement.
Nous voici donc au premier matin et nous partons par petits groupes de 3 ou 4 sur les différents secteurs de la rivière Nouvelle. Avec Jonathan, Roxanne et notre guide François, j'explore les secteurs non contingentés et nous piquons quelques belles truites de mer de 30 à 35 centimètres, mais arrive l'orage... Et comme un malheur n'arrive jamais seul, le « run » que nous pêchions à ce moment précis commence à mordre au fond ! On se met à l'abri en nous disant que ça va passer, mais ça ne passe pas. Les éclairs fendent le ciel sans arrêt et ça dure maintenant depuis 1 h, pas question de pêcher ! Il commence à faire nuit, nous devons donc rentrer. Nous revenons au camp avec le coeur gonflé d'espoir pour le lendemain et nous apprenons que les groupes qui ont pêché le secteur C ont piqué un grisle. Les jeunes qui étaient déjà très anxieux deviennent tout à coup électrisés. Décidément, la rivière Nouvelle promettait !
Le lendemain matin, je partais pour la rivière Grand Pabos Nord avec Éric, Tomazs et Alex tandis que mes collègues Isabelle et Selma, d'excellentes pêcheuses à la mouche, restaient dans le secteur contingenté (C) de la Nouvelle, accompagnée de Vanessa et Akim. Après un petit 2h de route, nous voici donc sur la fosse 20 de la Grand Pabos Nord en face d'un spectacle inespéré, une vision de rêve ! Nous n'avions encore jamais vu autant de saumon dans une fosse. Il y en avait plus de 200 et l'extraordinaire limpidité de l'eau nous permettait de les voir parfaitement. Quand les jeunes sont descendus pour pêcher la fosse, ils avaient de la misère à respirer tellement ils étaient nerveux. Nous n'avons rien pris de la journée, mais Alex s'est connecté sur un grand saumon qu'il a perdu après 10 minutes d'effort soutenu. Dommage... Quand nous sommes revenus à Nouvelle le lendemain matin, nous avons appris que le groupe qui était resté là pour pêcher le secteur C avait encore piqué un saumon en plus de quelques belles truites de mer. Cette journée-là, nous donnions aux jeunes le choix entre une descente de la rivière Nouvelle en canot, avec pique-nique et baignade, ou encore de la pêche au saumon sur la Nouvelle. Pas besoin de vous dire que personne n'est allé en canot !
Nous voici donc les 17 au grand complet sur la rivière, avec nos guides Luc et François, tous éparpillés sur les secteurs non contingentés. Il se pique encore quelques truites de mer en après-midi et les jeunes commencent à s'échauffer. Je prends le temps de les observer avec fierté. Ils sont habiles, méticuleux et patients, de vrais « cracks ». Puis arrive la fameuse passe du soir. Je laisse Brahim et Jean Olivier pêcher le « run » à saumon et je monte un peu pour pêcher un « pote » à truite prometteur. À mon premier lancer, BANG !!!! Ma ligne part dans tous les sens ! Je suis aux prises avec le monstre de la rivière ! Wow ! Mais après 30 petites secondes, la soie me revient à 300k/h dans la face et sans ma mouche ! Saperlipopette ! J'avais attaché mon Muddler avec les mains pleines de Deet (insectifuge)... Je lave bien mes mains et je rattache un Muddler. RE-BANG !!!!!! Et ça n'a pas lâché jusqu'à la noirceur ! Dans mon petit FRS (mini émetteur-transmetteur) j'entendais les autres groupes qui accumulaient également les belles prises. Le lendemain, nous avions une visite touristique à Percé au programme, avec l'observation des baleines et tout le tralala, mais je me doutais bien qu'il n'y aurait pas grand monde là !


En arrivant au camp ce soir-là, Luc nous annonce que le secteur contingenté est complètement libre pour le lendemain et que monsieur Pierre Provencher, qui avait réservé deux perches cette journée-là, nous les offre gracieusement ! Nous faisons donc une réunion d'urgence, qui dure un bon 5 minutes et c'est décidé, on retourne tous à la pêche le lendemain. Sauf qu'il est minuit et qu'il est impossible de rejoindre nos guides qui se croient tous en congé cette journée-là . Les places seront donc limitées et nous sommes obligés de faire le tirage au sort le plus pénible qu'on puisse imaginer. Mauvais Karma! Je passerai par dessus ce triste épisode qui avait de quoi tirer les larmes... Par contre, pour Alex, Tom, Éric et moi ce fut la jubilation totale. Nous gagnons enfin le secteur contingenté et le lendemain matin, direction fosse 26 où plusieurs saumons n'attendent que nous ! On pouvait très bien les voir de la route et Luc, qui avait réussi à se ménager un peu de temps pour nous accompagner une petite heure, nous a très bien expliqué comment aborder cette fosse et avec quelle mouche. Il a été convenu que Tom débuterait dans le « pote » à truite juste en amont, que Alex pêcherait le rapide avec un Magog Smelt et que moi et Éric pêcherions à la sêche sur les saumons en queue de fosse. Luc était resté en haut et il pouvait parfaitement nous guider pour chaque saumon : « Non non, juste 3 pieds plus loin Mario, un peu plus en amont, un peu moins, juste là oui ! C'est ça ! Laisse descendre ça ! » BANG!!!!!!!!!! Un autre saumon sur la ligne ! Il était MAGNIFIQUE. Ses flancs argentés scintillaient au soleil et la limpidité de l'eau ajoutait au spectacle. Nous l'avons remis à l'eau et la journée s'est poursuivie comme ça, entre des décors majestueux et des poissons magnifiques.

Pendant ce temps, un autre groupe s'était fait déposé à Chandler pour pêcher la Grand Pabos Nord. Ils étaient attendus par monsieur Jules Quesnel du REGROUPEMENT POUR LA RESTAURATION DES TROIS RIVIÈRES PABOS. Là encore, l'accueil a été des plus chaleureux. Les droits d'accès ont été coupés de moitié et c'est monsieur Quesnel en personne qui a guidé notre équipée. Ce groupe a été beaucoup plus chanceux que nous en début de semaine. En plus de piquer 2 beaux grilses, les saumons étaient tous excités et ils se déplaçaient en grands bans d'une fosse à l'autre. Le spectacle était si impressionnant que Akim a même oublié de manger. Quand on connaît l'importance de la bouffe pour un ado, c'est que ça devait être drôlement fascinant ! Le pauvre n'a rien pris, mais il a vraiment tout donné ! Vanessa aussi a tout donné pendant le combat avec son grilse. Quand tout a été terminé, elle s'est assise sur un rocher complètement vannée et tremblotante. Quand Selma lui a demandé comment ça allait, elle a éclaté en sanglots en balbutiant tant bien que mal : « Je suis vidée, mais tellement heureuse ! ». C'était des larmes de bonheur...
Le soir au camp, la gang qui était allé visiter Percé écoutait religieusement le récit des heureux élus qui étaient restés pour pêcher la Nouvelle et ceux qui revenaient de pêcher la Grand Pabos Nord. Ils avaient les yeux exorbités et un sourire béat presque niais. Nous étions tous autour du feu de camp et il y avait de la joie dans l'air, mais on sentait bien un peu de tristesse également. Personne ne le disait ouvertement ou osait en parler, mais le lendemain était la dernière journée du voyage, la fin. Nous sommes tous allés nous coucher la mort dans l'âme ce soir-là, mais personne n'y a fait allusion, par respect pour les autres j'imagine.
Le lendemain matin et pour une dernière fois, tout le monde sur la rivière Nouvelle ! Il se pique encore des saumons et des truites de mer et tout le monde en profitent pour s'imprégner une dernière fois de la rivière et de ses paysages à coupée le souffle. En prime, nous avons droit à une journée parfaite pour la pêche: le vent nul, le ciel couvert, une petite bruine fine, du brouillard dans les montagnes et sur la rivière et un grand saumon que Isabelle a malheureusement perdu. Puis vers 19h, le ciel est devenu pourpre, puis rouge vif et enfin bleu-électrique. La lumière était divine et nous étions aux anges ! Ce soir là au feu de camp, tout le monde s'est tombé dans les bras en disant que ça avait été la plus belle semaine de toute leur vie. Il s'est même échafaudé des plans pour rester un peu plus longtemps, mais la pêche enseigne bien plus que comment prendre du poisson, elle enseigne entre autres qu'il est bon de vivre en harmonie avec la nature et que toute bonne chose a une fin.