Sur les jeunes, la relève et la pêche sportive

Mario Viboux
Été 2001

Je dirige la maison des jeunes POINT DE MIRE à Verdun. Étant un pêcheur convaincu, j'ai décidé, il y a 10 ans déjà, d'amener pêcher quelques ados. Depuis, c'est la folie furieuse, ça n'arrête plus. Entre 25 et 35 sorties par année, sans compter les belles soirées d'hiver passées à monter des mouches ou à pratiquer nos lancers en gymnase. Cet engouement soudain (un réel besoin j'imagine) m'a forcé à sortir de ma petite bulle de pêcheur solitaire, pour établir des contacts avec les gens du milieu de la pêche sportive. Ce qui m'a d'abord fait sursauté en les côtoyant, c'est qu'ils avaient tous un dénominateur commun : une inquiétude sérieuse et généralisée par rapport à la relève de la pêche sportive.

Comme cela était devenu un peu mon domaine par la force des choses, mes approches furent fort bien accueillies, ce qui nous a permis de développer plusieurs projets très intéressants pour les jeunes : pêche au saumon en Gaspésie ou sur la Côte-Nord ; animation de kiosques et d'un bassin de lancer dans les salons de chasse et pêche (vous nous avez peut-être rencontrés!) ; présentations d'ateliers de formation sur la pêche sportive à d'autres jeunes et même à des adultes; travail lors d'évènements spéciaux comme des banquets ou des colloques pour amasser l'argent nécessaire à nos innombrables sorties; prise de contact avec les médias (télévision, revue...); nous avons même des jeunes qui sont devenus « pro staff » avec la compagnie Snowbee!

En maison de jeunes, notre principal objectif est de rendre les jeunes actifs, critiques et responsables. Comme le prouve cet article, nous sommes persuadés que la pêche sportive nous y mène directement. Aujourd'hui, nous formons un groupe de pêche très bien structuré et nous nous y adonnons beaucoup, si bien que des réflexions sur la pêche surgissent d'une manière individuelle et collective. Nous visons également le développement de compétences personnelles et le rehaussement de l'estime de soi. Nous faisons ce qu'il est convenu d'appeler de la «prévention en amont », c'est-à-dire de prévenir plutôt que de guérir, drôle de coïncidence non? En amenant des jeunes à la pêche, je désire leur faire partager ma passion pour cette activité extérieure magnifique. Tant mieux si cette passion peut leur être profitable, mais surtout, tant mieux s'ils y prennent goût.

Pourquoi vouloir encourager la relève de la pêche sportive?
Des raisons économiques sont évoquées à grands cris par l'industrie de la pêche en général, tout le monde est à même de comprendre qu'une diminution de pêcheurs signifient une diminution des ventes et très possiblement des profits. D'autres qui maudissent le Nitendo, le WEB, et les gangs de rues qui détournent notre jeunesse des activités de plein-air, verraient dans la pêche la perpétuation de nos traditions ancestrales. Il y a ceux aussi pour qui la pureté de la pêche et la qualité de son expérience justifient à elles seules le fait d'initier des jeunes à cette noble activité. En d'autres mots, encourager un jeune à pratiquer la pêche, c'est d'abord et avant tout pour son bien, pour le mettre en contact avec la nature qui représente un lieu extraordinairement riche en découvertes, propice à la réflexion, à la contemplation et à la confrérie.

Pourquoi les jeunes ne pêchent plus?
Voici une question fondamentale. Comme raison principale, je propose l'absence de modèle. Leurs modèles idéaux sont représentés par des musiciens, des vedettes sportives ou des mannequins. Or, la pêche est incapable de faire naître de tels modèles à grandes échelles parce qu'elle ne constitue pas un spectacle en soi. On ne paie pas pour aller voir quelqu'un pêcher, elle ne constitue pas un happening comme peuvent l'être une partie de hockey ou un défilé de mode. Le seul moment où la pêche a un enjeu réel, c'est lorsqu'elle s'institue dans un tournoi. En dehors, elle ne consacre aucun gagnant, ne départage rien. A vrai dire, en tant qu'activité de récréation, la pêche n'a pas d'enjeu, chaque utilisateur gagne selon qu'il atteint ou non les buts qu'il aura lui-même déterminé. Et bien souvent, les buts d'un pêcheur c'est de relaxer, de coexister avec la nature, de s'imbiber d'elle, de sa quiétude et de son intemporalité.

Les Etats-Unis ont réussi, jusqu'à un certain point, à créer un engouement pour la pêche via des vedettes présentes à la télévision ou dans des publicités qui s'inscrivent dans différents médias, mais en aucun temps ces vedettes de pêche américaines n'auront autant d'impact sur leur domaine que leurs homonymes populaires qui occupent les rêves du grand public comme Céline Dion, Tiger Wood ou Wayne Gretzky.

Le modèle fondamental que pourront trouver les jeunes, il est plus tangible et constitue un point de rattachement entre la pêche et leur réalité, à savoir un père qui dispense un samedi à la pêche, un oncle et une tante qui s'évadent une semaine pour taquiner le poisson. Ce sont eux qui pourront incarner le héros "pêcheurs-aventuriers" aux yeux des jeunes, c'est celui qui saura connaître la nature suffisamment pour en retirer quelque chose.

Avec les urgences de la vie moderne, les rares parents qui ont été eux-mêmes initiés à la pêche ne trouvent souvent pas le moyen de transmettre un intérêt pour la pêche à leurs enfants. D'une génération à l'autre, l'intérêt pour la pêche a diminué si bien que jamais comme aujourd'hui la pêche et sa relève ne comptent aussi peu d'adeptes. D'autre part, le peu de modèles qui restent se voient aussi souvent associés à la retraite, à l'oisiveté, "aux vieux sèchent qui bavent" comme disent les jeunes candidement.

Ajouté à cela l'arrivée des familles monoparentales où l'unique parent a d'autres chats à fouetter que d'amener ces 3 enfants à la pêche, surtout avec les coûts qui sont reliés à l'activité si l'on veut la pratiquer régulièrement. La concentration de la population de plus en plus tournée vers les grandes villes fait aussi en sortes que la rivière sauvage recherchée ou le lac poissonneux sont parfois assez loin. Les jeunes ont des jeux de ville, des habits de ville, de la bouffe de ville, de l'eau de ville, voire même des arbres de ville. Ils sont mal à l'aise en nature où la peur les paralyse. Ils se voient dévorés par un ours, perdus en forêt ou pire, sans télévision! La nature leur paraît hostile. Les jeunes de la campagne n'ont pas ces malaises et ils pêchent beaucoup plus, par contre ils en ont d'autres, mais cela est une autre histoire...

Si l'amour de la pêche se transmet d'abord et avant tout par l'entremise de la famille et des amis, il ne faut pas non plus sous-estimer le réveil tardif de l'industrie de la pêche et du gouvernement dans une implication face à la relève. Au Québec, l'instauration de programme comme la pêche en ville, la fête de la pêche et plus concrètement pêche en herbes n'ont vu le jour que dans les dernières années. On entend souvent dire qu'il vaudrait mieux amener des jeunes à la pêche ou encore, qu'il faut favoriser la relève à tout prix, sans quoi la pêche va littéralement crever. Les Américains disent : «Fishing's not dead, it just smells funny». Tout le monde en parle, mais le vrai défi c'est de passer de l'acte à la parole.

Oui, mais je vous avoue bien franchement, on part pas comme ça, un jeune sous le bras, pis awoye par là... C'est que la pêche, paradoxalement, sert souvent de prétexte à la confrérie, mais demeure quand même un sport immensément individuel, fort contemplatif, ressourçant même et les ti-jeunes eux autres ne cessent de bouger, de s'amuser. Bref, c'est pas évident de concilier les deux. Voici donc quelques trucs pratiques, basés sur mon expérience de pêcheur-tuteur, qui vous garantiront qu'au moins, si vous vous lancez dans une telle aventure, vous aurez fait de votre mieux...

L'organisation (la rencontre préparatoire) :
Dans un premier temps, pour faire "triper" un jeune, que ce soit à propos de n'importe quoi, il faut lui donner des responsabilités, l'impliquer. Nous considérons l'implication comme la clé de voûte d'une sortie réussie, c'est-à-dire comme un gage que votre invité aura le goût de recommencer. Souvent, nous aurons tendance à faire le contraire, de lui offrir le gros plan américain tout cuit dans le bec. Mais c'est cent fois mieux si votre invité se sent partie prenante de l'aventure, qu'il a son mot à dire et un "max" de responsabilités raisonnables. Il serait bien qu'il ait son mot à dire sur la destination par exemple... Le mieux serait de lui en proposer 2 ou 3 différentes. De plus, les discussions que cela engage amènent l'émulation et l'excitation propre à un tel projet. C'est aussi un bon moyen de faire plus ample connaissance avant la sortie et de se faire une idée sur le tempérament de son invité, de faire l'évaluation de ses aptitudes à vous écouter. La liste du matériel à emporter devrait être déterminée lors de cette rencontre et les responsabilités partagées d'une façon sommaire. Vous pourriez dresser une liste et voir avec votre futur partenaire de pêche les tâches préparatrices qu'il peut remplir selon son âge, son intérêt et sa débrouillardise. Des tâches comme l'achat des vers, la préparation des sandwichs pour le lunch, ou la vérification de la liste des choses à emporter avant le départ, pourraient très bien être prises en charge par votre jeune ami.

Dans l'élaboration du matériel, prévoyez amener votre caméra vidéo si vous en possédez une, ou votre appareil photographique. Ça fera de beaux souvenirs, surtout si la journée offre des rebondissements, comme la capture d'un trophée ou la présence de castors, de huards ou même d'un orignal sur le plan d'eau. Essayez d'ailleurs de réaliser un beau cliché avec le jeune dans le but de faire une agrandissement, un laminé, et de le lui offrir en souvenir. Peu importe qu'il retourne à la pêche ou non, lorsqu'il sera adulte, ce souvenir lui sera cher. Ce sont tous les à-côtés de la pêche également que vous devrez chercher à présenter à votre jeune pêcheur, afin qu'il puisse aimer la pêche, mais plus largement la nature toute entière. D'ailleurs, ils sont assez bons avec un « kodak » ou une caméra vidéo. Voici une responsabilité qu'ils adoreraient peut-être, celle d'imager eux-mêmes une partie de l'expédition.

Soyez très généreux sur le matériel de pêche à proprement parler, un jeune a bien d'autres préoccupations économiques. L'idéal serait que votre invité pêche avec des outils parfaitement en ordre, qu'il arrive même à les transcender. Un moulinet qui grince n'est pas catastrophique, mais ça va beaucoup mieux un coup bien huilé. Il pourrait d'ailleurs très bien s'en charger lui-même, si vous lui montrez comment. Imaginez un adolescent aux prises avec des perruques dans sa ligne une journée entière, quel plaisir pourrait-il retirer de la pêche ? Les jeunes étant ce qu'ils sont, ce ne serait pas un luxe de prévoir une canne supplémentaire. Finalement, votre invité se sentira beaucoup plus autonome si vous lui appreniez quelques techniques de bases pour capturer du poisson ainsi que le noeud de Palomar (ou du moins votre noeud préféré). Ce noeud est simple et les jeunes l'assimilent assez vite.

Votre préparation :
Je vous recommande fortement de vous munir d'une autorisation écrite parentale si l'enfant n'a pas de lien de parenté avec vous et de bien veiller à ce que votre invité traîne sa carte d'assurance-maladie. Un moyen de communication efficace est à considérer en cas de pépin. Par exemple, un hameçon profondément enfoncé arrive rarement, mais ça peut se produire en cette journée de pêche. Un docteur ne soignera votre mineur invité que si vous présentez la fameuse carte soleil. Côté matériel, pensez entre autres à la trousse de premier soin, au chasse-moustique, à la lampe de poche, à la glacière et à un outil multifonction(pour réparer un moulinet par exemple). Il serait prudent de recommander à votre invité d'apporter des vêtements de rechange, et un imperméable, on sait jamais quand la pluie tombera. La préparation mentale quant à elle est assez simple. Un jeune dira beaucoup de conneries, mais il n'est pas con pour autant. Juste mal à l'aise et c'est normal. Être à l'écoute et blaguer devrait le détendre. Dans vos propos, évitez tout racisme ou sexisme ou toute forme de discrimination, le monde va déjà assez mal de même... Les jeunes répondent à la plupart des questions par oui ou par non donc vous parlerez beaucoup, vaut mieux avoir suffisamment d'eau... L'alcool est à éviter, du moins de façon exagérée. Enfin, il est crucial de ne jamais perdre de vue que vous allez guider et non pas pêcher. Dormez bien la veille, la patience sera de mise... Ah oui, laissez-vous un peu aller, les jeunes tripent plus quand c'est cool...

Le matin de l'expédition :
Plus vous partirez tôt et mieux ça sera. Déjeuner ensemble autant que possible. Il est préférable de le faire au resto où vous pourrez vous parler librement. Prenez votre temps... Tout en conduisant, vous pourriez en profiter pour rappeler les meilleures techniques de pêche, vos anecdotes savoureuses. Si votre invité est trop excité, ça va lui rentrer par une oreille et sortir de l'autre, mais ça le mettra en appétit. Les consignes de sécurité sont votre responsabilité entière et il vous incombe de les transmettre clairement. En tant que modèle, il serait bien que vous les respectiez scrupuleusement d'ailleurs. Juste avant d'arriver (laissez-vous un bon quinze minutes), vous pouvez lui rappeler que si la pêche n'est pas un sport extrême, mais elle comporte quand même certains risques. Lui donner quelques consignes de base est un minimum ne pas courir, regarder toujours où l'on pose le pied, manipuler les hameçons avec précaution. Si vous allez dans l'arrière-pays, assurez-vous de lui transmettre toute l'information nécessaire quant aux règles de conduite qu'il faut adopter. À l'arrivée, ne laissez pas poireauter votre invité pendant que vous préparez tout. Le mieux c'est de déléguer des tâches réalisables qui démontrent un certain niveau de confiance.

La pêche en embarcation :
Rendu là, vous perdez un peu le contrôle des évènements. Si vous avez été prudent en choisissant un plan d'eau et des techniques que vous connaissez bien, ça devrait finir par mordre, mais à la pêche on ne sait jamais... Si vous avez peine à prendre du poisson, rechercher les endroits où ils sont moins gros mais en plus grand nombre, quitte à les remettre à l'eau. Et si rien n'y fait, moi j'en profite pour être philosophe et aussi improbable que cela puisse paraître, beaucoup de jeunes sont sensibles à la philosophie.

Je commence toujours avec : « Il en va de la vie comme de la pêche ; peu de certitudes mais beaucoup d'espoir ». Et nous parlons de vie et de pêche, entrecoupées de long silence. J'aime bien aussi : « beaucoup de gens pêchent toute leur vie sans se douter que ce n'est pas après le poisson qu'ils en ont ». Cette phrase sert bien tous les à-côtés de la pêche, tout ce qu'elle procure au-delà de la viande. Nous voguons ainsi jusqu'au dîner et je conclus souvent, juste avant d'accoster : « le meilleur moment pour pêcher c'est quand il pleut et quand il ne pleut pas ». Et nous rions de bon coeur...

L'aspect contemplatif se développe avec les années, beaucoup plus tard. Une couple d'heures sans touches peuvent être agréables quand même pour un pêcheur aguerri, mais pour votre jeune ami, c'est plutôt long et pénible. L'important! c'est de sortir vos talents d'animateurs et de créer une atmosphère agréable.

La pêche à gué :
Si vous connaissez bien votre plan d'eau, il serait approprié de faire pêcher votre invité sur du poisson et de lui donner le premier tour sur les meilleures fosses. Il ne faut jamais perdre de vue que vous êtes « guide d'un jour » et que comme tel, votre plus grande gratification serait que votre jeune invité prenne du poisson. Il vaut mieux éviter les rivières en période d'achalandage (week-ends ou congés fériés), cela risque de créer un malaise généralisé. En effet, les jeunes sont parfois intimidés lorsque plusieurs pêcheurs se trouvent déjà sur place. Les dérange-t-on? se disent-ils. Prenez le temps de bien lui expliquer où se trouve le poisson et qu'elle est la meilleure technique à adopter. L'idéal c'est de rester à ses côtés le temps de s'assurer que tout baigne. Profitez-en pour prodiguer quelques encouragements bien sentis (ils sont très sensibles au renforcement positif). Comme les jeunes ne sont pas très patients en général, le mieux serait de lui donner quelques notions de base sur la lecture d'une rivière et de lui laisser la chance d'explorer un peu (autonomie). Par contre, restez toujours à portée de vue, ils sont très mal à l'aise en forêt. Pour ma part, je fournis toujours un petit émetteur-récepteur portatif (FRS) à mes invités, ça nous permet de garder le contact et ça les sécurise. Si vous pêchez en waders, prenez le temps d'initier votre invité aux changements d'attitude qu'il doit avoir. Informez-le bien des risques en évitant toutefois de lui flanquer la trouille. La phrase clé est : « Le wading devient dangereux quand les craintes s'estompent complètement, il faut rester sur ses gardes même dans 6 pouces d'eau ». Si vous piquez un beau poisson et que votre invité n'est pas très loin, offrez-lui de le combattre en lui remettant votre canne. Vous pourrez ainsi lui prodiguer les principes de base pour sauver un poisson et le remettre à l'eau sain et sauf ou de le porter à votre panier. Pour la conservation de vos prises, il vous appartient de le faire adéquatement et de l'expliquer correctement. Évitez le cours de biologie 101, mais assurez-vous que le principal (la froidure ralentit le développement des bactéries) est bien compris.

Le dîner :
Il vaut mieux déterminer une heure précise pour le repas et prévoir des portions gargantuesques. Ne vous fiez jamais au gabarit d'un ado, ils mangent pratiquement tous comme des défoncés en tout temps et sans arrêt. Le dîner dans la chaloupe, un sandwich dans la main et la canne dans l'autre est à éviter. Le repas devrait non seulement vous sustenter, mais surtout vous reposez. L'idéal c'est de trouver un endroit confortable sur la berge et relaxer complètement. L'idée c'est de déconnecter de la pêche pour favoriser la communion avec mère nature (l'aspect contemplatif). Quand on pêche, on ne voit rien, c'est bien connu... La nature est un des éléments les plus appréciés à la pêche et il serait bien, pour nos invités, d'en profiter sans pression aucune. Une petite sieste d'un oeil n'est pas à négliger également et une petite saucette a souvent le don de nous remettre sur les rails. Bref, on prend ça cool et on respire par le nez. Vaut mieux dîner tard, vers 14 heures, quitte à avaler une collation vers 11h.

Fin de journée :
Le retour sur l'eau devrait idéalement s'ouvrir sur les perspectives grandioses de la fameuse passe du soir... L'animateur refait surface. On informe notre invité de cet étrange phénomène. On le lui explique du mieux qu'on peut tout en soulignant au passage les énormes poissons capturés à ce moment. Très bien pour réveiller l'intérêt. En passant, il vaut mieux éviter les gageures ou la compétition sous toutes ses formes, même si ça vient de l'ado. Ce qui est bien c'est de se déterminer en tant qu'équipe, un poisson pris est un poisson pour l'équipe. Ne vous gênez pas pour jubiler et encouragez joyeusement si votre invité combat un beau poisson, c'est tout à fait naturel. Les premiers contacts avec un poisson sont inoubliables pour un néophyte. C'est une joie simple et en même temps si près de la perfection. Si j'avais un poisson à vous conseiller, j'opterais pour la truite arc-en-ciel sur-le-champ. Ses bonds hors de l'eau, sa robe magnifique et la qualité de son environnement séduiraient le plus incrédule des incrédules. Et les gestionnaires en ensemencent partout par les temps qui courent.

Si toutefois le poisson se montre rébarbatif, il faut à tout prix éviter de le devenir. Quelquefois ça mord, mais d'autres fois pas pantoute... Il serait bien, pour votre équipe, d'envisager la bredouille dès le départ (du moins d'en parler). Cette grande inconnue de la pêche fait d'ailleurs tout son charme... La bredouille a ça de bon qu'elle vous fait apprécier encore plus les jours bénits. Néanmoins, il faut bien le dire, vaut mieux que ça morde...

Dernier point, si vous faites quelquefois des petits accrocs aux règlements, des petits gestes que vous considérez banaux et qui ma foi le sont bel et bien, rappelez-vous qu'un jeune n'a pas de limites et que vous servez de modèle. Ce que je veux dire, c'est que si vous pouvez juger d'une telle chose, le jeune lui ne le peut pas. Si vous lui donnez votre bénédiction pour contourner un tout petit règlement, vous la lui donner pour contourner n'importe quels règlements. Un bon truc c'est de lui expliquer les incohérences du règlement en question mais de vous y soumettre. Si vous êtes humble, vous pouvez toujours expliquer votre soumission en mettant l'accent sur la compétence des biologistes qui les imposent. Si vous êtes moins humble toutefois, vous avez parfaitement le droit de vous résigner avec affliction. Avec un grand soupir et les yeux au ciel serait encore mieux. L'important c'est de développer l'esprit critique tout en démontrant que les règlements sont un mal NÉCESSAIRE.

Sur ce, chers Relèvemans en herbe (du moins ceux qui se lanceront dans cette aventure) je vous souhaite bonne chance. Les quelques suggestions que je vous ai proposée sont toutes éprouvées. Il y a bien eu quelques malaises dans toutes ces sorties où j'ai amené pêcher des jeunes, mais c'est le propre de toute relation humaine non ? Rappelez-vous surtout qu'avec les jeunes c'est souvent: "qui m'aime me suit". Que le message, c'est le médium comme dirait l'autre... Autrement dit, ce que vous direz aura moins d'importance à ses yeux que ce que vous pourrez faire. Il n'y a pas de solution miracle et encore moins de recette pour les faire triper sur la pêche. Tout comme les grands, ils sont tous différents et tout comme les grands ils y chercheront tous quelque chose de différent. À nous de leur révéler un maximum de facettes. De la biologie au nirvana, du geste sportif à la poésie, de la mort à la vie, ils finiront bien par y trouver leur voie.