La pêche à la mouche, une
excellente école de formation
pour les jeunes

Pierre Gingras
Dimanche 7 mai 2000

Qui aurait pu imaginer que la pêche sportive pouvait aider certains adolescents à devenir des adultes mieux préparés pour affronter l'existence ?

C'est pourtant ce qui se passe depuis sept ans à la maison des jeunes Point de mire, de Verdun. Au cours de la fin de semaine de Pâques, par exemple, une dizaine d'adolescents ont participé à un week-end de pêche à la mouche sur la célèbre rivière Salmon, à deux pas de la municipalité de Pulaski, dans l'État de New York, tout près du lac Ontario, pour tenter de prendre quelques truites arc-en-ciel stealhead. Ici, on parle de spécimens qui atteignent régulièrement de trois à cinq kilos, des monstres très difficiles à capturer même s'ils ne dédaignent pas mordre à la mouche.

D'ailleurs, au cours de cette fin de semaine, tous ont ferré au moins une grosse truite, mais aucun n'a pu la mener à l'épuisette. Les jeunes pêcheurs ont cependant tous pris quelques salmonidés de format un peu plus réduit. Seul le moniteur du groupe, Mario Viboux, a réussi l'exploit de prendre deux stealhead.

Le temps a été particulièrement exécrable au cours du long week-end pascal. Les jeunes ont connu la pluie du jeudi au dimanche. En fait, les premières lueurs de soleil se sont manifestées lors de leur retour lundi. Mais aucun ne semblait déçu de son périple. Au contraire, ils étaient tous enchantés et flottaient sur un petit nuage, raconte Mario Viboux qui est aussi le directeur de la maison des jeunes. D'autant plus, insiste-t-il, que leur équipement de pêche était tout neuf.

L'estime de soi
La maison des jeunes reçoit surtout des adolescents qui proviennent en bonne partie de milieux où l'argent ne coule pas à flot. Ils aiment être encadrés et ils ont du coeur au ventre, fait valoir M. Viboux. Il y a une dizaine d'années, le refuge organisait des séjours de camping en Mauricie. On a alors constaté que les participants aimaient la pêche, notamment celle à la mouche. « Nous nous sommes rendus compte du potentiel de la pêche pour aider ces jeunes de 12 à 17 ans à mieux vivre leur adolescence. En aiguisant leur sens de l'observation, de la patience, de la débrouillardise et de la persévérance, on leur a permis de rehausser leur estime de soi. »

En collaboration avec les Moucheurs du Montréal métropolitain, les ados ont commencé à monter des mouches artificielles. Puis, la maison a déniché des commanditaires pour équiper le groupe de 15 à 20 pêcheurs afin de participer à des excursions. La Fédération québécoise du saumon atlantique a aussi permis l'organisation de sorties sur la Matane, la Bonaventure et la Saint-Jean. Même si nos néophytes y ferraient rarement un saumon, le voyage à lui seul restait mémorable.

Mais, c'est avant tout l'encadrement hebdomadaire des jeunes au cours de l'hiver lors des ateliers de montage de mouches, puis les cours de lancers à l'intérieur et finalement les excursions de pêche près de Montréal, qui constituent leur école de formation. Truites arc-en-ciel, mouchetées et achigans sont au programme. Les rivières du Nord, Noire, Yamaska et Nicolet restent les endroits privilégiés de la maison. Au bout d'un an, 30 à 35 jeunes ont passé par toutes les étapes de leur entraînement à la pêche à la mouche et à... la vie.

« Nous les initions à la biologie du poisson et des insectes, à l'écologie, au développement durable, à un code d'éthique du pêcheur, explique le directeur de la maison. Ces jeunes travaillent aussi au banquet annuel de la Fédération du saumon atlantique au Château Champlain, un événement qui donne ensuite matière à réflexion en groupe, notamment sur la richesse. Ils participent à certaines foires de chasse et de pêche, ce qui leur permet un contact avec le grand public. Nos jeunes deviennent ainsi plus actifs, plus critiques, plus responsables. » Grand moucheur, M. Viboux admet être encore surpris de l'effet positif de la pêche à la mouche chez ces jeunes.

Cet été, dans l'étang de l'Île-des-Soeurs, les pêcheurs de la maison des jeunes seront les organisateurs d'une session de « Pêche en herbe », de la Fondation de la faune du Québec, une activité destinée à susciter une relève dans le monde de la pêche sportive. Ils joueront aussi le rôle de moniteurs au cours de cette journée.

La maison des jeunes le Point de mire accueille des adolescents de partout, qu'ils soient de Verdun ou pas. Ce printemps, un nouveau fournisseur d'équipement lui permet d'offrir ses services à un nombre beaucoup plus élevé d'ados que par le passé. On pourra se renseigner davantage au (514) 767-9301.