

- Ben tu me croiras pas mon homme, mais quand je suis allée en Gaspésie, j'ai pêché un saumon gros de même!
- Je te crois pas!
- Ben j'te le dis.
- Bien sûr, avant de lancer nos mouches dans la rivière, on s'est pratiqué longtemps en gymnase. Dix heures, deux heures, dix heures, deux heures. Ça c'est la technique qu'il faut suivre pour lancer notre mouche si on se situe sur un cadran. Nous avons aussi énormément pratiqué les noeuds, presqu'à en faire des cauchemars la nuit.
- Je te crois pas!
- Ben j'te le dis!
- J'avais vraiment hâte de partir. Pour dire vrai, je n'allais même pas en Gaspésie pour pêcher, même si c'était au départ un voyage de pêche, c'était plutôt pour être avec mes amis et faire quelque chose de mon été. Au début du voyage, nous avons commencé à pêcher sur quelques rivières, c'était beaucoup plus le fun qu'en gymnase, mais encore là, il manquait quelque chose.
Arrivés à la rivière St-Jean, déjà l'ambiance était meilleure qu'aux autres places. Chaque jeune était accompagné d'un guide, moi j'ai été jumelée avec le meilleur. À ce qu'on disait, toutes les personnes qu'il guidait, attrapaient un poisson.
- Je te crois pas!
- Ben j'te le dis!
- Et c'était vrai!
- Mario, un des animateurs, avait réussi à en prendre un, c´était le premier de tous et il était fou de joie. Après le dîner, nous sommes remontés sur la rivière et bang! Grâce à mon talent... et peut-être un petit peu à mon guide, moi aussi j'ai hérité d'un magnifique saumon! C'était tellement extraordinaire la lutte contre le poisson, il faut le ramener, mais pas trop. Ça a dû prendre quinze minutes avant de le sortir complètement, mais on dirait que tout cela s'est passé en une fraction de seconde. C'est une expérience que je souhaiterais même à mon pire ennemi. Une fois le saumon décroché de l`hameçon, je voulais à tout prix le montrer à Mario, alors je suis partie, le saumon dans les mains et de l'eau jusqu'au nombril à travers le courant de la rivière. On m'a dit qu'à quelques endroits où je suis passée j'aurais pu me noyer tellement que l'eau était froide et profonde. Pendant mon dix minutes d'excursion, qui m'a paru en fait une heure, je n'ai jamais songé à cet aspect une seconde.

- Je te crois pas!
- Ben j'te le dis !
Enfin arrivés à destination, moi et Mario avons commencé à rigoler ensemble comme quoi nous étions des vrais de vrais saumoniers. C'est une journée que je n'oublierai jamais, pas plus, d'ailleurs, que mon voyage en Gaspésie.
- Je te crois pas !
- Ben j'te le jure !
- Ah ben j'te crois !
Marie-Ève Bolduc, saumonière.